Quand on change, encore !

22 novembre 2012

Ça faisait un moment déjà qu’on avait des doutes. On en parlait entre nous, à voix basse, l’œil soupçonneux  « T’es sûr que c’est Lui? » « Quand même sur la photo, il était mieux » … c’est trompeur, les photos, on a vite l’air plus jeune, plus frais, dynamique.

Il a bien faillit nous duper.

Mais quand même… cette addiction excessive au pétrole. Cette vieille carlingue grinçante. Cette difficulté évidente à se mouvoir. Il ne pouvait pas être si jeune que ça… C’est au hasard d’un arrêt dans le désert que nos doutes devinrent plus forts encore : là devant nous, se tenait un sosie de lui, mais beaucoup plus fringuant, frais, et propre. Ni une, ni deux, et profitant de la monotonie du désert, nous nous lancions alors dans une enquête plus poussée. A la recherche de ses origines, décryptant son patrimoine génétique et son état civil, étudiant à la loupe les pièces à conviction, nous eûmes enfin confirmation : Notre oignon de camion était un intrus, une supercherie, un filou ! Non, non, ce n’était pas lui que nous avions choisi, mais le perfide s’était sournoisement immiscé dans la course, croyant peut être que nous serions assez bêtes pour ne pas nous en rendre compte !

Non, non, la tromperie est découverte, ah ah ! Il va rentrer au dépôt, l’oignon perfide, et nous, nous allons, enfin, récupérer notre Précieux….

 

australie van

 

Mais pour cela, il va falloir qu’on change nos plans, car c’est à Sydney qu’il se trouve. Et Sydney, dans notre plan de route, ça n’était pas prévu.

On vous l’avait pas raconté hein, notre plan de route?

Alors, partis de Melbourne, et après avoir traversé Adelaide, puis Port Augusta, nous devions tracer tout droit à travers le désert, voir le fameux cailloux de l’Ayers, puis du désert, encore, avant de rebifurquer sur la route de la côte est, jusqu’à Cairns.

Beaucoup de désert, et un peu d’océan.

Depuis 4 jours, nous étions dans le désert. Déjà depuis le parc des Flinders Range, qu’on vous racontera plus tard, c’était l’Outback. Le grand désert, les terres arides, la chaleur brûlante. Port Augusta, malgré son joli nom, n’a pas grand-chose d’agréable. On sent qu’on a quitté la côte Victorienne, c’est déjà moins accueillant. Le paysage est définitivement différent. Sec. Encore plus sec que la plus sèche de nos garrigues.

De Port Augusta, nous avons filé à Coober Pedy. Empruntant la Stuart Highway, commence alors une longue monotonie, à travers les plaines mornes. Au début, le désert, c’est sympa, car c’est nouveau. Comme à chaque nouveauté, on s’extasie toujours un peu. « oh, regarde là bas ! y’a ….rien ! » On rigole sur la route en se vantant d’emprunter « la plus grande ligne droite du monde »… on la mesure à coup de 15-20 km, et puis on se lasse, parce que de toute façon, c’est toujours tout droit, toujours, et au final, elle nous ferait presque vomir, tellement elle est droite, la ligne.

580 km de ligne droite.

 

route australie

Moi passagère, j’essaie d’accrocher quelques images sur les côtés, pour m’occuper un peu.

Mais y’a pas âme qui vive là dedans ! A part peut être les corbeaux qui viennent se repaitre des cadavres de kangourous et de vaches dispersés ça et là…. Près de 300 km sans traverser un seul village, même pas un hameau paumé. Tout droit, toujours tout droit… la chaleur est écrasante.

Il fait tellement chaud que même le plus vaillant des M&Ms ne résisterait pas. La clim de notre petit oignon rafraichit bravement l’habitacle alors qu’on se traine à 80km/heure pour ne pas affoler sa jauge. On a l’impression de faire du sur place. Au loin, sur le bitume brulant, l’horizon semble s’évanouir dans la chaleur.

C’est ça, un mirage ? Moi mes paupières sont lourdes, et je lutte, pour tenir compagnie à mon chauffeur de mari.

 

route australie

 

Lui, il s’occupe comme il peut, et ce n’est pas la conduite qui va le combler.

Tout droit, toujours tout droit. Il fait des calculs de consommation, faisant osciller son aiguille de 75 à 85 km/heure. Ou alors il actionne le lave glace de son pare brise pourtant si propre. Il regarde ensuite l’eau se dissiper, et sécher très vite, si vite. Ça l’a occupé 2 minutes.

Il s’invente un jeu, comme bon nombre de conducteurs de l’Outback : trouver le salut le plus original. Quand on croise un autre véhicule ici, on se salue, et c’est un moment attendu, car on va pouvoir tester le dernier geste auquel on vient de penser. Ou reproduire celui qui nous a bien plu. Au bout de 580 km, il en a toute une panoplie, Julien. Y’en a des avec clins d’œil, mouvement de la tête, claquage de langue, c’est tout un bouquin qu’on pourrait écrire maintenant !

 

outback australie

 

Mon jeu à moi est plus morbide, mais je m’en aperçois plus tard.

Je capte en effet les morceaux de bestiaux en décomposition sur le bord de la route, et j’essaie de savoir ce que c’est. Une vache ! Un Kangourou ! Un mouton !

Tiens, là je sais pas, il n’y a que des os, des os partout… Des centaines d’animaux sont là, en train de sécher au soleil, attendant d’être dévorés par les rapaces. Ici, nul besoin d’être un chasseur, c’est la route qui fournit les repas.

 

Tiens, au loin, je vois un émeu.

Il est tout seul, l’émeu. Si seul, dans cette étendue si vide, si désolée. Si désolante. Qu’est ce qu’il fout là, l’émeu ? Il s’est perdu. Ou alors il s’est enfui. Il fait un pèlerinage. Il est parti à la conquête d’autres territoires. C’est un émissaire, et il ne pourra rentrer chez lui que quand il aura du nouveau à apporter au reste de son clan. Il erre, l’émeu… Quelle imagination !

Et dîtes-vous bien que mon esprit peut caracoler encore pendant 200 km sur le sujet avant de croiser une nouveauté qui viendra me divertir…J’ai que ça à faire, moi, imaginer la destinée de l’émeu du désert…

 

La vache, ok. Le mouton, Ok. Mais la petite fille?

La vache, ok. Le mouton, Ok. Mais la petite fille?

 

Après avoir vidé le lave glace, et ré-inventé l’histoire de toute la tribu d’émeus, nous arrivons enfin à Coober Pedy…. Wooouah !

Alors Coober Pedy est connue pour l’exploitation des mines d’opale. C’est même la capitale mondiale de l’opale. Pour tout dire, c’est parce qu’il y a de l’opale qu’il y a une ville ici. Parce qu’à part ça, il n’y a rien. Coober Pedy, ça ressemble donc au terrain de jeu de taupes géantes. Il y a des trous et des tas de sable rouge partout. Et partout on vous invite à aller visiter les mines… euh.. la prochaine fois ? Maybe later ?!

Coober Pedy, c’est vide et sec.

On attend presque de voir passer la botte de paille dans un souffle du vent, mais de paille, il n’y en a pas, car rien ne pousse ici. Il fait tellement chaud que les habitants ont conçus des habitations troglodytes. Pour lutter contre la chaleur extrême et les nuits glaciales. On aurait même pu passer la nuit dans un des ces dugouts. Mais  l’ambiance est déjà tellement étrange qu’on n’a pas vraiment envie d’aller sous terre, en plus. Ça nous fout un peu le cafard, cette ville. On dirait un truc hors du temps, où la civilisation n’a plus sa place. Pour ça peut être que des films tels que Mad Max3 ont été tournés ici…

 

australie

 

A Coober Pedy, quand on démarre le véhicule, ça envoie des grosses volées de sable rouge, comme dans les films ! A Coober Pedy, il y a plein d’aborigènes aussi. Ils ont l’air désœuvré. Je ne sais pas si c’est mon imaginaire ou la réalité, mais on dirait que l’entente n’est pas franchement cordiale entre blancs et noirs. L’atmosphère est étrange. Presque triste. C’est l’occasion pour nous de nous plonger un peu dans l’histoire de ce peuple. De découvrir le « travail » des anglais. Alcool, maladies européennes puis « générations volées », vache, on peut dire qu’ils n’ont pas chômés dans la saloperie, les bougres.

En croisant ces aborigènes, j’ai soudainement honte de ma peau blanche.

Pour arriver à Coober Pedy, on aura fait déjà 2 jours de désert. Les journées se ressemblent, la route et les paysages ne changent plus. Le soir, on ne peut pas se poser à l’arrache avec le camion. Il n’y a que la route, et le vide tout autour. Pas de chemin détourné, de clairière accueillante dans laquelle se reposer un peu. Il faut donc aller au camping. Et payer de plus en plus cher. Au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans l’outback, le côté propret de la côte victorienne fini par disparaitre totalement. Les campings ressemblent plutôt à des parkings, et il faut payer l’eau en plus d’un emplacement déjà hors de prix.

L’essence elle aussi, atteint des sommes extravagantes. La chaleur est étouffante, probablement la pire qu’on ait jamais connue.

 

Une station service très... vide!

Une station service très… vide!

 

Je consulte Julien. Sur le plan de route, il y a combien de jours de désert ? 8 ? Ah oui… quand même ! On se concerte, et on tombe d’accord, non, finalement, on ne s’enfoncera pas plus loin dans la fournaise rouge. On a vu, nan c’est chouette, mais c’est bon ! On va donc redescendre à Port Augusta, et couper ensuite vers l’Est, rejoindre la côte vers Brisbane.

Et puis ensuite, y’a eu c’t’histoire avec notre oignon perfide.

Et donc c’est vers Sydney que nous faisons route!

 

 


 

Si vous avez raté notre voyage en Australie:

 

8 Commentaires

  1. Commentaire par plume

    plume Répodnre 22 novembre 2012 at 10 h 21 min

    Enfin, on aura quand même appris qu’en Australie, les petites filles sont des animaux. Et qu’en Australie, il ne faut pas chanter en français dans les bus, ça crée des pugilats !

    • Commentaire par Nowmadz

      Nowmadz 27 novembre 2012 at 6 h 28 min

      Le panneau avec la petite fille, à regarder de près, c’est une blague! en tous cas, c’est le seul qu’on a vu comme ça, il est excellent!!

    • Commentaire par plume

      plume 27 novembre 2012 at 8 h 27 min

      dommage que ce soit une blague ! J’aime beaucoup ce panneau ! des petites filles seules au milieu du désert avec leur valise, il doit y en avoir des tas. Et en plus, c’est traduit en quoi en-dessous ? hum hum…

  2. Commentaire par Philippe

    Philippe Répodnre 22 novembre 2012 at 16 h 01 min

    Oui et si on ajoute que: en Australie les supporters sont mauvais perdants et qu’en plus, là bas les oignons sont perfides [celle là, franchement, je l’adore :) ] tout à coup la vision qu’on avait de ce continent est toute bouleversée….
    Nous en voulons “tout plein” d’autres des articles de ce genre, en plus les photos sont très belles, plutôt vides
    mais très belles :)
    Suggestion pour faire passer le temps, chantez……. :)
    On vous embrasse

  3. Commentaire par Philippe

    Philippe Répodnre 22 novembre 2012 at 17 h 04 min

    Au fait quand vous allez laisser votre oignon, vous allez verser une larme? Hein? :)

    • Commentaire par Nowmadz

      Nowmadz 27 novembre 2012 at 6 h 27 min

      Hue! Hue! Hue! ;-)

  4. Commentaire par Maria

    Maria Répodnre 24 novembre 2012 at 20 h 20 min

    coucou!
    il est 20h nous sommes à l’apéro avec step et phil! nous vous embrassons bien fort à
    bientôt!
    maria stéfania philippe et yves!

    • Commentaire par Nowmadz

      Nowmadz 27 novembre 2012 at 6 h 26 min

      Sympa ces petits messages, merci beaucoup, et pour la prochaine fois, buvez donc un coup à notre santé! Bisous à tous!

Laisser un commentaire

Allé en haut