Comme un air de Tango

2 février 2013

La salle est étroite, encombrée de petites tables rondes. Sur les murs tapissés, des croquis des plus célèbres danseurs de tango argentin. Au fond, une estrade surmontée d’un rideau rouge accueille un large piano. Un bandonéon posé sur une chaise de bois attend sagement son musicien.

L’ambiance est intimiste, feutrée. On se sent propulsé près d’une centaine d’années en arrière. Il ne manque plus que la fumée des cigares pour y croire vraiment. On s’attend à voir surgir des dames en robe scintillante, et des hommes à chapeau. D’ailleurs un homme passe entre les tables, et malgré sa petite taille, sa fière allure lui donne un air de géant. A sa démarche, on sent qu’il est important, même si son visage nous est totalement inconnu.

Les serveurs s’activent autour de nous, et dans le calme de notre salle, on peut encore percevoir le brouhaha du café derrière nous.

 

tango buenos aires

 

Nous sommes dans la salle Alfonsina, au Café Tortoni, l’un des plus grands cafés de Buenos Aires. Une institution. Ce fût d’ailleurs le premier vrai «café» argentin. Créé en 1858 par le français Touan, il lui donne le nom du célèbre café parisien, situé boulevard des Italiens. A Paris, c’est l’élite de la capitale qui s’y réunissait au 19eme siècle. Il en fût de même rapidement pour son petit cousin argentin. C’est un nom qui porte chance! En effet le lieu est rapidement fréquenté par les artistes, intellectuels, écrivains et musiciens de l’époque. Ils forment le fameux groupe connu sous le nom de La Peña. Ils organisent des concerts, des conférences, des lectures qui attirent alors nombreuses figures de la vie politique et culturelle argentine. Carlos Gardel, Borges ou encore le Roi d’Espagne, Fangio, sont quelques unes des personnalités ayant fréquenté le fameux café.

Un Argentin nous racontera plus tard que le l’endroit était aussi lieu de contrebande, à une époque où le pays alors dépendant de l’Espagne n’était plus ou trop mal approvisionné…

 

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Aujourd’hui, La Peña, c’est finit, et certains se plaisent à trouver le lieu «trop touristique». Ca tombe bien car nous sommes précisément des touristes, et on adore se délecter des vestiges de ce passé fascinant…

Vers 21h30, le rideau rouge s’agite enfin, une femme marche d’un pas rapide vers l’estrade et disparait dans ce qui doit être les coulisses… Les musiciens s’installent, ils semblent aussi vieux que le lieu. Les lumières se tamisent, accentuant le côté rougeoyant de la salle, l’atmosphère est de plus en plus intime. La femme, vêtue d’une robe moulée et fendue jusqu’à la cuisse entre,  et se poste dans un coin de l’estrade, bientôt suivie d’un beau tanguero. L’homme incline brièvement la tête en sa direction, c’est le signal: le fameux cabrezazo:  le show peut démarrer…

 

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Le Tango est plus un spectacle qui se vit qu’il ne se décrit. Ce qui est certain c’est que la danse la plus envoutante que nous n’ayons jamais vue. A chaque morceau, l’émotion tant sur la scène que dans la salle est palpable. Le ballet des deux tangueros est parfait, les pas s’enchainent, les corps s’unissent jusqu’à ne faire quasiment plus qu’un. L’érotisme, le désir, la passion émanent des deux personnages à l’unisson… Nous sommes fascinés.

 

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Le Tango serait né dans les années 1880 à Buenos Aires. A cette époque arrivaient les immigrés de tous les coins du monde, italiens, français, allemands, arabes, japonais… Leur population constituée majoritairement d’hommes fréquentaient souvent les bordels et les lupanars. Loin de leur pays, et de leurs épouses, ils venaient chercher le réconfort en ces lieux. Il leur arrivait de danser avec les prostituées, d’une danse mêlant machisme, et désir. Le Tango, c’était en quelques sortes les préliminaires d’une relation sans engagement.

Au départ, les musiciens jouaient les quelques airs qu’ils connaissaient, venant de toute la planète. Pauvres et ne sachant pas écrire, l’improvisation allait bon train. Les mélodies se mêlaient, autant italiennes, espagnoles, qu’africaines. Les paroles apparurent par la suite, et étaient tout d’abord très crues, obscènes. Ce qui donna au Tango la «Mauvaise réputation».

 

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Puis les jeunes gens de bonnes familles, décidés à braver les interdits de leurs rangs, s’entichèrent de cette musique si particulière. Ils l’emmenèrent à Paris, où elle trouva enfin ses lettres de noblesse. Paris, capitale mondiale de la mode apprivoisa la danse, on se déchaina alors sur les pistes des cabarets, représentant une danse où le désir pouvait enfin s’exprimer.

Et lorsqu’elle revint en Argentine, après la Seconde Guerre Mondiale, elle était, cette fois, respectée…

 

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Après l’avoir délaissée quelques temps, les Porteños semblent aujourd’hui se rapprocher à nouveau de la danse de leurs parents, la mêlant à des rythmes de Jazz, Rock ou même aux musiques électroniques. La ville de Buenos Aires ne compte pas moins de 9 musées consacrés au Tango, et une Académie  National de Tango a vu le jour (près du Café Tortoni). On peut également visiter la maison de Carlos Gardel, premier interprète du tango chanté, mondialement connu.

Le 9ème Festival de Tango Argentin aura lieu dans la capitale du 23 février au 4 mars. Témoignage du renouveau de la danse argentine, de nombreux jeunes interprètes y sont conviés, et le Tango de “l’autre rive”, l’Uruguay y sera également représenté.

Outre le Café Tortoni, on nous a cité également la Confiteria Ideal comme lieu emblématique, ainsi que quelques autres situés à San Telmo. On trouve également beaucoup de Milongas, qui sont des salles de bals où tout le monde peut venir danser.

Enfin sur la Plazza Dorrego, de très bons danseurs se produisent tous les dimanche après midi, pour le plus grands plaisirs des touristes comme celui des habitants de la capitale!


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7 Commentaires

  1. Commentaire par Titi

    Titi Répodnre 2 février 2013 at 19 h 36 min

    C’est toujours un roman bravo!!!!! On s’y croirait!!!

  2. Commentaire par BAGLIONI

    BAGLIONI Répodnre 3 février 2013 at 16 h 15 min

    Comme je vous envie ! J’imagine Stef les pieds fourmillant de l’envie de danser le tango dans ce lieu mythique, elle qui sait danser le tango ! Achille sera-t-il à la hauteur ?
    Irez- vous voir la place de Majo ? Ce général qui avait un nom de torchon à vaisselle à fait disparaître 20 000 personnes. Cest la Place mythique du combat des mères désespérées qui ont tourné pendant plus de 25 ans pour obtenir de savoir ce que leurs enfants étaient devenus … C’est la place des “folles de la place de Mai” ! Il n’y a pas si longtemps qu’elles ont cessé leurs manifestations quotidiennes ou hebdomadaires, je ne sais plus … L’avenue où se situe votre bar a tango porte le même nom que la place, d’après la photo. Vous ne devriez pas être très loin. Si vous y allez, une petite pensée de ma part a ces femmes qui ont eu le courage de braver la dictature.

    Mille bises à vous,
    Anne Marie

    • Commentaire par Nowmadz

      Nowmadz 7 février 2013 at 22 h 26 min

      On y est allé, sur la Place Mayo! Jolie petite place ensoleillée, sur laquelle trônent encore les drapeaux des revendications diverses des argentins… C’est paraît il le point de départ de toutes les manifestations ! Quant aux mères, elles s’y réunissaient en effet chaque semaine pour exiger des réponses quant a la disparition de leurs enfants. Ce furent les seules opposantes au régime a ne pas être massacrées a cette époque, leur statut de mère étant sacré dans le pays…

  3. Commentaire par philippe

    philippe Répodnre 4 février 2013 at 22 h 51 min

    Anne Marie,
    Question embompoin, m’atteint pô à la cheville le gars……
    Et comme tu t’en doutes, moi le tango je le danse sur un pied……
    Stef s’est effectivement régalée..
    Bisous

    • Commentaire par Nowmadz

      Nowmadz 30 mars 2013 at 17 h 58 min

      Oh la la oui, c’était magnifique, un très très beau souvenir!

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