Zoom sur San Francisco

1 mai 2013

Après avoir passé près de 2 semaines dans les parcs américains, nous voilà de retour sur la Côte Ouest, à San Francisco.

Le choc est un peu rude: après le calme absolu du Yosemite, nous retrouvons le brouhaha et l’excitation de la ville. Nous débarquons au beau milieu du Financial District, à l’heure du déjeuner. Là, je tire la grimace. Tous ces gens en costumes et tailleurs qui courent, qui courent leur sandwich à la main me rappellent à la douloureuse réalité qui arrive bientôt: le monde du travail. Pourtant, on en a traversé des quartiers d’affaires pendant notre voyage, mais aucun ne m’a fait autant d’effet. Ici, il y a un je-ne-sais-quoi qui m’interpelle. Les gens me semblent comme déguisés, et marcher sur la tête. Avec tout le recul pris ces derniers mois, on se demande même pourquoi on vit comme ça, dans les grandes villes.

San Francisco, la ville qui court

Ici, ça court dans tous les sens, et à toute heure de la journée. Les businessmen and women bien sûr mais aussi les joggers à proprement parler. Ca court, ça court, en pleine ville, sur les trottoirs, dans les fumées des gaz d’échappement. Short, brassière et Ipod au bras, trainant parfois deux ou trois chiens derrière elles, les filles courent, courent et transpirent à grosses gouttes. Probablement signe d’un effort payant. On court à l’heure du déjeuner, à la pause, avant ou après le travail. Dans un coin de rue on a vu des gens s’entrainer en «plein air» (CQFD au milieu des voitures) sur un trottoir, face à une salle de sport. Deux filles poussaient un énorme pneu de camion, tandis que deux gars reproduisaient un exercice qu’on voit plutôt dans les entrainements de rugby. What the Fuck ???!! On est restés un moment à les regarder, très dubitatifs.

 

Joggeuse San Francisco

 

C’est dingue, ça, pourquoi est-ce dans les villes qu’on voit le plus de gens courir? Dans les villages, ça ne court pas! Dans les pays sous développés non plus! J’imagine la tête d’un indonésien à qui on raconterait que dans nos pays les gens courent, comme ça. Mais courir, après quoi, pour fuir quoi? Une vie d’con? Ben si tu veux pas avoir à courir, laisse déjà tomber cette vie là, non?!

Les gens ici me donnent le tournis. Pour Julien, c’est différent. Il est venu ici au moins 14 fois, il y a 10 ans. Pourtant, la ville, la vie a changé. Ou peut être avait il un regard différent. Ses attentes à 20 ans n’étaient pas les mêmes que celles d’aujourd’hui. Et puis il n’avait pas vu toutes ces villes, tous ces mondes. Le regard que chacun porte sur un endroit est définitivement différent, et dépend toujours d’où l’on vient, et de ce qu’on attend.

 

visite san francisco  Pier 39 San Francisco

 

Les rues de San Francisco

Faisant fi de mes premières impressions, nous sommes partis à la découverte des quartiers de cette célèbre ville. Nous avons arpenté les rues d’Union Square, dévalé celles à l’incroyable dénivelé, et grimpé les collines de Twin Peaks. On a aimé la vue qu’on a eu d’en haut.

On s’est baladés à ChinaTown. Ce quartier populaire de San Francisco rassemble une des plus grosses communautés chinoises hors Asie. Et même si le bordel est bien là, on peut dire que c’est plus propre que l’original! Au moins, les chinois ne crachent pas à tout va ici. Les échoppes sont les mêmes: remplies de choses improbables ou inconnues. Comme on a oublié de rapporter des souvenirs de Chine, on s’est dit qu’on pouvait toujours en trouver là. Et puis finalement, vu que 98% des produits de consommation dans le monde sont maintenant «made in China», on s’est dit qu’on n’en avait pas besoin d’en acheter, des souvenirs.

 

Vue de Twin Peaks

Chinatown

 

Et puis on a bien aimé Japantown. Là, on s’est senti définitivement dans un autre pays, comme si on retournait dans le temps, lors de notre passage à Tokyo.

L’ambiance était aux cerisiers en fleurs, les boutiques débordaient de babioles japonaises. Les restaurants servent là bas les plats typiquement qu’on s’est plu à retrouver: nous avons dégusté un bon bol de Ramen, un délice!

 

JapanTown
JapanTown

 

Nous sommes ensuite partis en direction d’Alamo Square où se trouvent les plus fameuses Painted Ladies. Ce terme est utilisé couramment pour décrire les maisons au style victorien si coloré de la ville. Celles d’Alamo Square sont les plus photographiées en raison de leur position offrant une vue sur le Dowtown ultra urbain. C’est là qu’est née l’idée de «San Francisco, terre de contrastes» largement répandue par les guides de voyage! Et enfin, bien sûr, nous sommes allés voir le fameux Pont du Golden Gate. Achevé en 1937, il a été longtemps le plus long pont du monde. Aujourd’hui détrôné, il n’en reste pas moins célèbre, les experts en génie civil le classent même dans les 7 merveilles du monde moderne. Il est en tous cas l’emblème incontesté de la ville.  Nous sommes allés l’observer depuis une colline de l’autre côté du détroit. Nous avons pu voir le nuage brumeux envahir progressivement la côte, ce qui lui donne un air des plus mystérieux!

 

Golden Gate Bridge: avant et après le passage du fog

Golden Gate Bridge: avant et après le passage du fog

Golden Gate Bridge

 

De retour dans le centre, nous sommes allés voir les otaries du Pier 39, puis nous nous sommes un peu perdus aux environs d’Union Square. On a dû atterrir dans le quartier de Tenderloin, celui réputé pas très fréquentable. On s’est empressés d’en partir de toutes façons, car les rencontres qu’on y a fait n’étaient pas des plus plaisantes. Des clochards, assis ou vautrés à même le sol. L’un d’eux se marrait avec lui même, tandis qu’une femme assise plus loin terminait sûrement un shoot. D’autres types allaient et venaient d’un trottoir à l’autre, fébrilement, visiblement ailleurs, excités et défoncés. On a rencontré un gars qui parlait à une poubelle, et d’autres qui vivaient dans leur voiture, remplie à bloc des tristes trophées de leur vie.

Je me souviens d’une vieille femme qui a surgit d’un coup face à moi. En fait, je ne sais même pas si elle était vraiment vieille ou si c’est la came qui lui a ravagé le visage, qu’elle avait plein de marques, et de tâches. Elle balbutiait des trucs incohérents, on aurait dit un zombie.

 

Union Square

Union Square

Union Square

Union Square

 

San Francisco nous laisse ainsi un souvenir tout en contrastes, conforme au slogan des guides de voyage.

On ne peut pas s’empêcher d’aimer l’architecture audacieuse de la ville, ses quartiers résidentiels paisibles et colorés, sa nature omniprésente et généreuse. Et puis d’un autre côté, il y a les gens. Les populations métissées, les businessmen névrosés, les joggers sur-motivés, et les camés.

Certainement une excellente caricature de ce que l’Amérique a de meilleur et de pire à offrir.

 

Les Painted Ladies d'Alamo Square, symboles du caractère contrasté de la ville

Les Painted Ladies d’Alamo Square, symboles du caractère contrasté de la ville

 


 

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15 Commentaires

  1. Commentaire par stef

    stef Répodnre 1 mai 2013 at 23 h 21 min

    Comme c’est bien décrit !!! On s’y croirait, voir tous ces gens courir ça m’a donné le tournis.

    • Commentaire par Nowmadz

      Nowmadz 2 mai 2013 at 3 h 07 min

      Oui, c’est un peu ce qu’on a ressenti en arrivant là bas…!

  2. Commentaire par Philippe

    Philippe Répodnre 1 mai 2013 at 23 h 28 min

    J’aime beaucoup le regard porté sur les joggeurs, et le décalage que vous ressentez avec ce monde et la course effrénée qui est souvent la notre. Une simple coupure de deux semaines en janvier m’a fait réaliser cet aspect de notre société. Dans ces moments là on se remet en question et on revoit ses priorités. On a la sensation d’être passé à côté de choses essentielles pendant des années. C’est étrange et salutaire à la fois. Pour SF je me souviens avoir trouvé étrange ces contrastes tout en m’étant trouvé bien dans cette ville, qui a son charme et qui est tellement bruyante……

    • Commentaire par Nowmadz

      Nowmadz 2 mai 2013 at 3 h 06 min

      C’est clair qu’on a un regard totalement différent après tous ces mois passés loin de notre vie habituelle. Un voyage aussi long, c’est un peu comme une retraite, un pèlerinage qui permet en effet de comprendre beaucoup de choses, sur lesquelles on ne s’attarde pas sinon… On espère juste que malgré le retour on gardera à l’esprit ce sens nouveau des priorités…!

  3. Commentaire par Haydée

    Haydée Répodnre 2 mai 2013 at 20 h 54 min

    C’est le sort des pays industrialisés que tu décris :) Philippe a raison, c’est le sort de notre société.
    Tout le monde court on ne sait où et pourquoi ?
    Bon je dois dire que cela m’a fait sourire car je cours plusieurs fois par semaine autour du lac de Créteil (banlieue parisienne) !
    Prêt à recourir bientôt alors ?
    Sinon je n’ai jamais compris ce que tous ces otaries faisaient là particulièrement. J’étais étonnée de les voir là …

    • Commentaire par Nowmadz

      Nowmadz 3 mai 2013 at 1 h 41 min

      Je crois qu’historiquement les otaries venaient là bien avant l’aménagement des lieux… Elles ne sont pas farouches en plus, et se sont parfaitement adaptées à l’industrialisation des lieux!
      Plus loin sur la route de Los Angeles, ce sont des éléphants de mer qui se vautrent eux aussi toujours au même endroit…!
      Prêts à recourir, euh, au sens propre comme au figuré, pas vraiment. Mais il faudra bien!
      C’est bizarre, la vie dans un pays industrialisé quand on regarde bien!!
      Les gens veulent toujours plus de choses et de modernité, mais se coupent de l’essentiel qu’ils tentent vainement de retrouver en courant, ou à coup de yoga dans les parcs…pour échapper au stress qu’ils ont eux même créé!

    • Commentaire par Nowmadz

      Nowmadz 4 mai 2013 at 3 h 16 min

      Mmmmh…très bonne réflexion! On a beau le savoir, avoir le nez dessus en permanence, on s’en rend d’autant plus compte quand on vit quelques temps coupés de tout ce système….

      Bon week end à toi!

  4. Commentaire par LadyMilonguera@Talons hauts & sac a dos

    Dis donc, on a l’impression d’y être. Perso, avec la Nouvelle Orléans, c’est l’une des rares villes US qui exerce réellement un attrait sur moi…

  5. Commentaire par Oscara

    Oscara Répodnre 3 mai 2013 at 0 h 59 min

    J’aime tellement cette ville. Elle dégage quelque chose de spécial… Elle est moderne, mais avec une âme. Tes photos sont magnifiques.

  6. Commentaire par mademoiselle a.

    mademoiselle a. Répodnre 3 mai 2013 at 1 h 26 min

    C’est marrant car pour moi SF est bien plus calme que la plus part des grandes villes française, après j pense que c’est aussi car tu as visites le coin touristiques de la ville et le financial si tu étais allé du cote de Dolores, Valencia, Noe… tu aurais vu le calme et la décontraction des gens… c’est plutot une ville sans stress. Comme quoi ca depend comment on aborde une ville.

    • Commentaire par Nowmadz

      Nowmadz 3 mai 2013 at 1 h 36 min

      Oui c’est vrai qu’on est arrivés par le Financial District et à l’heure du déjeuner… La première impression n’a pas été la bonne mais je n’ai pas réussi à m’en détacher par la suite… Pourtant Julien qui connait bien la ville m’a emmenée ensuite voir des coins plus tranquilles… Et puis faut dire qu’on sortait de deux semaines dans la pampa, dans la nature, et le calme total… ;-)
      Il faudra qu’on y retourne pour voir ces coins dont tu parles et qui nous ont échappés!

  7. Commentaire par Sly et Nico

    Sly et Nico Répodnre 3 mai 2013 at 20 h 37 min

    Pour ma part j’ai largement préfère SF à LA…, je m’y sentais mieux et plus en sécurité. Et puis je trouve que SF a une âme qui fait qu’on s’y sent bien… J’ai aimé voir ces joggeurs le long des piers, une vraie culture de l’image telle qu’on la voit dans les séries. Et puis aussi tous ces gens qui font leur yoga au grand air dans les parcs publics… Finalement n’est ce pas une leçon de tolérance…? C’est pas chez nous qu’on voit ça, c’est trop bizarre ! ;-)
    C’est une ville où je vivrais sans problèmes… Comme quoi, on a tous une vision différente, et heureusement !

    • Commentaire par Nowmadz

      Nowmadz 4 mai 2013 at 3 h 21 min

      Ce qu’on a aimé à LA c’est cette ville étendue et dispersée qui offre la possibilité à chacun de se mouvoir sans se sentir étouffé. San Francisco est à l’image de beaucoup de villes européennes, avec un centre ville dense et bruyant, et une banlieue bien contrastante.
      Pour le moment on n’avait sûrement pas envie de retrouver cette ambiance qu’on se garde plutôt pour le retour ;-)
      Mais comme tu dis, heureusement qu’on ne pense pas tous la même chose!

  8. Commentaire par Cecília

    Cecília Répodnre 10 septembre 2013 at 21 h 16 min

    C’est vraiment cool malgré les centaines de blogs que j’ai lu, j’en apprends toujours, et j’adore ça!!
    Merci!!

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