Coincés entre deux camions australiens

17 octobre 2013

port macquarie 2

On a dormi là, coincés entre deux camions australiens. Dormir est un bien grand mot. Moi je pétais de trouille. L’endroit n’était pas rassurant, en plus d’être bruyant. Et, sentant ma peur, Julien n’a pas fermé l’oeil de la nuit. Elle était peut-être exagérée, démesurée, cette trouille, va savoir. Après tout, il ne s’agissait que d’une aire sur le bord de la route. Et de routiers Australiens…

Mais comment on a bien pu atterrir là? C’est quand même un peu glauque, ça te passe l’envie de continuer ton périple, un machin pareil. C’est excitant, pourtant, le camping, le roadtrip en Australie, tout ça. Sauf là. D’un coup, ça devient beaucoup moins marrant.

Ffff… je râle, je rouspète et gémis. Julien m’entend bien sûr, il ne risque pas de s’endormir. Je risque un oeil à l’extérieur, à travers la vitre. Il y a des va-et-vient, ça va durer toute la nuit, sans doute. Des camions s’arrêtent, repartent après quelques heures de sommeil volées. J’ai envie de faire pipi, moi. Il est hors de question que je m’aventure à l’extérieur. J’ai repéré les wc, ils sont à l’autre bout, là-bas, à la lisière d’une forêt et puis c’est tout noir. Je crois bien qu’il s’agit de toilettes sèches en plus. Quand elle se trouvent au beau milieu d’une prairie, entourées de kangourous et d’oiseaux malicieux, ça a son charme, hein. Mais là, sur le bord de l’autoroute, après le passage de dizaines de routiers, beaucoup moins… Tant pis, je ferai pipi demain. Avec ma trouille en plus, dur de ne pas y penser.

dorrigo

Toute la nuit j’entends les camions qui passent à vive allure, frôlant presque notre estafette. Les moteurs vrombissent plus ou moins fort, selon qu’ils arrivent ou repartent. Dans un cas comme dans l’autre, notre pauvre matelas vibre violemment à chaque passage. J’entends des voix, fortes. Des portes qui claquent et qui re-claquent. Des moteurs qui démarrent, encore et encore. Notre camion doit avoir l’air ridiculement petit sur cette aire, au beau milieu de ces énormes trucks australiens. Une aire, c’est beaucoup dire! On est plutôt garés sur un genre de bretelle d’autoroute, il a fallu serrer le bas côté pour ne pas gêner la circulation. Voilà ma trouille qui revient… et si en pleine nuit, un de ces camions monstrueux nous accrochait? Non, je ne risque pas de dormir, vraiment.

Ffff…et dire qu’on est dans l’un des plus beaux coins de la côte-est Australienne. Quel contraste avec le reste de notre journée… Port Macquarie, Dorrigo, tout ça, c’est clair, ça claque. On a passé un moment magnifique. Le ciel ici est d’un bleu royal, soutenu, incroyable. La mer s’étend à perte de vue, se mélange au loin avec le ciel, dans un tourbillon qui enivre nos sens. La chaleur douce du soleil nous a caressé la peau toute la journée, c’était tellement agréable… un moment de plénitude absolue, parfaite, qu’on voudrait éternel… On a d’ailleurs eu du mal à émerger, on a mis du temps…trop de temps…et on a raté l’heure. On rigole pas avec les horaires, en Australie. Si à 19h30 tu n’as pas payé ton emplacement, c’est mort. Tu peux te pointer à n’importe quel camping, tu pourras entrer, oui, mais personne ne t’accueillera pour t’attribuer un emplacement. On s’est bien dit, qu’on pouvait entrer, rester à un endroit, payer demain, en partant, hein? Mais c’est tout petit, et si on prenait la place de quelqu’un autre? S’il rentrait en pleine nuit, et nous délogeait? On aurait l’air malin, tiens, à quitter l’emplacement en slibard, partir chercher un autre endroit, dans le noir…

Et pour le camping sauvage, c’est pas le meilleur coin. Il y a des contrôles, l’endroit est recherché. On avait bien trouvé une place, là-bas, près de la plage. Au bout de la rue qui se terminait en impasse, il y avait un squat. Rempli de teuffeurs, ils sortaient la sono et les bières quand on est passés. On a fui, on a eu peur du bruit, de pas pouvoir dormir.

 Mais finalement, c’était peut-être mieux, que de passer la nuit là, coincés entre deux camions.

 

port macquarie

1 Commentaires

  1. Commentaire par Léa

    Léa Répodnre 21 octobre 2014 at 11 h 14 min

    Hey, j’aime beaucoup ta façon de raconter… on s’y croirait! et ça n’avait pas l’air super réjouissant en effet! :)

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