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Blog voyage & tour du Monde

Le jour où… on a visité Hiroshima

Le 6 août 1945 marque l’entrée du Monde dans l’ère nucléaire, et c’est Hiroshima qui ouvre le bal. Ce qui est considéré alors comme une immense révolution scientifique s’avère avec le temps être le plus gros désastre humain, causé par des humains.

A 8h15, après avoir survolé quelques temps la ville et les 350 000 habitants d’Hiroshima, le bombardier B 29 Enola Gay largue Little Boy  au centre de la ville. Curieux nom pour un engin destiné à raser toute une population et celle à venir… A 600m d’altitude, soit 45s après son largage, la toute première bombe atomique explose. Le Monde entre alors dans une nouvelle ère, celle du nucléaire mais bascule également dans l’horreur.

La force énergétique dégagée est telle que l’air est transformé en une boule de feu. Au point d’impact, la température atteint des milliers de degrés en quelques secondes. Jusqu’à 4 km de l’épicentre, tout être vivant ainsi que les bâtiments se consument instantanément. Sur 90 000 bâtiments recensés dans la ville, c’est 62000 qui sont instantanément détruits. Sur les 350 000 habitants, ce sont environ 100 000 personnes qui meurent en quelques secondes. Des milliers d’autres mourront des jours, des mois, des années plus tard, sous les effets des radiations dégagées par l’engin.

 

le monde hiroshima

 

On dit que les USA ne maitrisaient pas le risque d’une telle machine. Qu’ils avaient testé à la vite dans un désert du Nouveau Mexique, où du coup, les répercutions sur les vies humaines n’avaient pas pu être mesurées. Et puis, tout s’est tellement fait si vite. La course avec l’Allemagne devait être gagnée par les Américains. Ils devaient être les premiers à être capables de lancer la Bombe, et les Soviétiques qui s’apprêtaient à envahir le Japon devaient être stoppés.

On dit que c’est ce qui arrêta le Japon dans sa résistance désespérée. Pas Hiroshima, non, cela n’a pas suffit. 3 jours après, soit le 9 Août 1945, il fallu réitérer et attaquer Nagasaki de la même façon, histoire qu’ils comprennent bien que ça rigolait pas. Après avoir entendu les plaintes des quelques rescapés des deux villes, alors le gouvernement japonais aurait capitulé. Après, seulement.

Tout cela nous l’apprenons lors de notre premier voyage au Japon. C’était en Septembre 2010. Fukhishima n’existait alors que localement, et n’avait pas encore envahi les médias. D’ailleurs, ça n’a rien à voir, n’est ce pas? Pourquoi un pays ayant connu l’horreur nucléaire, ayant subit le «test» de l’armée Américaine ne pourrait il pas contenir en son sein le plus de centrales nucléaires au kilomètre carré? Pourtant, quelques mois après notre voyage là bas, à l’annonce de la catastrophe nucléaire qui fera, c’est certain, à nouveau des milliers de morts, on ne peut s’empêcher de penser que, décidément, l’Histoire ne leur a rien appris, aux Japonais.

 

hiroshima

 

Hiroshima, nous le visitons sur la pointe des pieds, le souffle court, muets. Comme à l’approche de tout mémorial, nous sommes visiblement émus et impressionnés. D’être sur les lieux d’une telle horreur, de nous rendre compte par nous même, de pouvoir nous dire «Tout ça c’est vrai, ça a réellement existé, et pas qu’à la TV ou dans les bouquins d’Histoire» Etre là, témoins d’une époque pas si lointaine nous laissera un souvenir sans fin.

Sur le chemin nous sommes interpellés par un groupe de collégiens. Dans un anglais hésitant ils nous expliquent leur démarche et leur engagement. Ils nous demandent de signer la pétition «Contre les armes nucléaires dans le monde». Bien sûr nous signons, même si nous savons l’espoir mince, presque vain. Comment imaginer qu’après avoir acquis une telle puissance, des états puissent un jour l’abandonner? Au contraire, la prolifération est de nos jours de plus en plus importante.

Nous traversons le Parc de la Paix et une statue nous interpelle. Celle de Sadako, dont nous lisons alors la légende. Sadako, petite japonaise victime de la Bombe A survécue, mais tomba malade des suites des radiations. Elle connaissait la légende des 1000 grues: Qui plie 1000 grues verra son voeu s’exaucer, la grue d’origami étant un symbole de paix pour le japonais. Alors elle commença à plier, mais n’atteint jamais les 1000 grues, au bout d’environ 600, elle mourut des suites d’une leucémie. Ses camarades de classes terminèrent alors le pliage en sa mémoire, et une statue fût érigée dans le Parc de la Paix, représentant Sadako. Chaque année, des centaines de collégiens envoient aujourd’hui encore des milliers de grues d’origami, à la mémoire de Sadako et de tous les enfants morts sous les effets de la bombe atomique.

 

hiroshima3

 

Plus loin, c’est le musée du Mémorial qui nous en apprend davantage. Des photos, des témoignages, des objets. Des reconstitutions avant/après illustrent alors une horreur qu’on ne peut plus ignorer. La visite est très poignante, inoubliable.

Aux abords du musée, c’est la flamme de la paix qui brûle encore. Elle restera allumée tant que les armes nucléaires existeront. Autant dire qu’elle n’est pas prête de s’éteindre.

L’histoire de cette flamme est étonnante. Elle serait issue d’un brasier allumé par la bombe le 6 Aout 1945. C’est Tatsuo, un jeune japonais qui recherchait alors vainement son oncle, mort sous les décombres qui aurait eu l’idée d’allumer une torche avec le feu des incendies. Il l’aurait rapportée chez lui, et l’aurait conservée secrètement pendant des années, avant qu’elle soit rendue publique, 23 ans plus tard.

Tatsuo disait alors: «puisque tout le monde est en train d’oublier (la guerre), je serai celui qui n’oubliera jamais »

 

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Nous n’oublierons pas non plus cette visite d’Hiroshima. Il est impossible de ne rien ressentir lorsque l’on foule un sol chargé d’une telle horreur.

Le Japon n’a pas fini pourtant de nous subjuguer. Les 15 jours que nous y avons passés cette année là nous poussent à y retourner encore et encore, ce que nous avons eu la chance de faire pendant notre Tour du Monde. Le japon, ce n’est pas que Hiroshima, bien sûr, et on en a de très beaux souvenirs, (à vous raconter prochainement?)

Mais les drames d’Hiroshima et Nagasaki doivent être connus de tous, et partout dans le Monde,  car ils ne concernent pas seulement le Japon!

 

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16 Commentaires

  1. Salut,
    suite à un de vos articles, je me demandais si vous aviez fait le voyage au Japon avant ou après Fukushima.
    J’adore ce pays, j’y ai passé des moments formidables, mais aujourd’hui j’avoue que j’aurais des préventions à l’idée d’un retour là-bas.

    La bombe aurait pu apprendre au monde entier, et tout particulièrement au japonais, mais l’accident aurait pu arriver partout où le nucléaire est implanté. C’est sûr qu’avec la situation sismique et océanique du Japon, c’est jouer risqué.

    Le pire c’est ce me semble l’après Fukushima. Je ne sais pas si tu as vu le film « Pluie noire » d’Imamura, il y retrace non pas le moment de la bombe, mais surtout l’après des survivants dont tu parles dans l’article – je te le conseille. Aujourd’hui les japonais revivent cette horreur, à une plus grande échelle.

    Mais il faut croire que l’infamie n’est rien face à la misère sociale. Aussitôt après la catastrophe, les industriels relançaient leurs plans de constructions de centrales dans le nord, entre Honsu et Hokkaido. La population locale passablement en crise accueillait alors l’annonce plus que favorablement. « Va y avoir du travail ! »

    A Fukushima, alors que le lieu est invivable pour les locaux, le gouvernement travaille à des plans de relance de l’activité et de l’afflux de populations dans la région. Une grande partie de sa production dessert aujourd’hui, et contamine le reste du Japon, mais pas que. Le projet au terme d’une quinzaine d’années est d’en faire une zone de grand export vers les pays en voie de développement. L’Inde et la petite Asie qui grandit. Je ne sais pas si tu imagines la dégueulasserie du programme.

    Pour exemple en Chine, du lait de vache japonais à destination des enfants a été boycotté, car il montrait des taux importants de radioactivité.

    Comme tu dis, cette Histoire nous concerne tous.
    Sirhom Articles récents…Badaling – ça pousse et ça passe

    • Salut Sirhom,

      En effet nous avions vu le Japon avant le tragique épisode de Fukushima… Et justement parce qu’on avait été beaucoup touches par ce pays, nous avions suivi l’épisode avec beaucoup d’attention. Pas seulement dans les journaux, mais en lisant surtout entre les lignes, et ce que tu relates, effectivement, on l’a lu aussi. Ecoeurés dans un premier temps, on a presque pris en grippe ce pays qu’on aimait tant. Pris en peine les habitants gouvernés par des gens tellement vénaux qu’ils sont capables de sacrifier des milliers de gens pour arriver a leur fin… Et puis… A force de voir le monde peut être et de regarder de plus près les horreurs dans chaque pays, on a compris que d’une certaine façon, ça n’était guère plus rose ailleurs… Dans différentes mesures bien sur… Donc on est retourné au Japon, parce qu’on aime toujours ce pays, mais différemment. On a eu un autre regard sur les japonais, une approche différente. Mais tout aussi intéressante! Je ne recommande ni déconseille à personne d’aller la bas. Chacun fait bien comme il veut! Il y a de la radioactivité c’est certain et je ne peux pas croire que l’alimentation en soit totalement exempt …
      Je ne connais pas « pluie noire »… En revanche, on a lu beaucoup sur Hiroshima, sur place déjà où le musée est très bien fait, les témoignages y sont vraiment poignants et il y en a quelques uns qui racontent l’après.. Car comme tu dis, ce sont les jours qui ont suivi qui ont été les plus terribles pour les japonais. Les mois, les années aussi…

  2. Très émouvant. Surtout le passage de Sadako, j’en ai eu des frissons.
    Hâte de lire vos prochains article sur ce pays (que je connais très mal!).

    • Bonjour Cécilia,
      le passage de Sadako illustre bien je trouve la réalité cruelle que fut celle des japonais ayant survécu à la Bombe A. La lire sur les lieux même du drame est véritablement poignant… Pour la suite, j’écrirai sûrement sur des choses plus légères, car heureusement il y en a, au Japon!

      • Merci!
        Au début (avant que l’envie d’un TDM devienne une obsession lool) , je voulais surtout visiter le continent Américain du nord au sud….
        Et lorsque je me suis mise à lire des blogs TDM, j’ai commencer à être de plus en plus attirée par l’Asie, je suis devenue passionnée par la Chine, le Vietnam etc.
        Mais pendant mes lectures j’ai très peu lu sur le japon, ça fait du bien de découvrir de nouvelles choses, et pour ça Merci à vous :)

        • Merci de ton commentaire Cécilia ;) C’est vrai que le Japon est encore plutôt méconnu… Et pourtant, c’est vraiment un pays à part, qui ne ressemble à aucun autre, on peut maintenant en témoigner! Je vais tacher d’écrire plus sur ce pays, car on en a des souvenirs vraiment marquants! A bientôt!

  3. Merci pour cet article,à une époque où l’on parle beaucoup d’armes nucléaires, c’est bien de se souvenir….

    • C’est nécessaire, oui à notre époque où on a plutôt tendance à banaliser la Chose!

  4. Merci pour ce partage. Je ne connaissais pas ces lieux de commémoration. L’histoire de Sadako est particulièrement touchante. Quelque chose m’attire dans ce pays. J’aimerais y aller un jour.

    • Je te souhaite d’y aller un jour Miss C. Il y a en général une histoire très riche et très prenante dans ce tout petit pays…

  5. Article très prenant, et en effet, le nucléaire a encore de longues années devant lui. Même les catastrophes n’arrêtent rien, et ça pourrait nous arriver, la France n’est pas invulnérable (surtout en repoussant l’âge des centrales). Un attentat terroriste envers elles aurait d’autres conséquences plus dangereuses qu’une simple bombe…

    • Oui, Mathieu, c’est terriblement vrai ce que tu dis « Même les catastrophes n’arrêtent rien »… C’est dur de voir tout ça se dérouler sous nos yeux sans qu’on ne puisse rien faire… Signer des pétitions, changer nos habitudes de consommation? Oui, on pourrait, mais il faudrait pour cela aller à l’encontre des énormes machines capitalistes qui gèrent tout ce bazar… Dur.

  6. Le japon pays du soleil levant un beau nom avec ses villes emblématiques ; Hiroshima une ville qui a su renaitre de ces cendres pour aujourd’hui s’ouvrir au monde. Une ville pleine d’émotions et l’histoire de la petite Sadako, la pétition de ces enfants pour un monde sans nucléaire, c’est vraiment émouvant.

  7. Oui Mathieu la France n’est pas invulnérable car il y’a tant de pays en ce moment qui possèdent des armes nucléaires.

  8. J’ai lu pas mal de livres, depuis mon arrivée au Japon, et d’articles de presse sur Hiroshima et le bombardement atomique. Et en faites il y a énormément de choses qui sont « un peu cachée » à la face de grand public, notamment des les manuels d’histoires:

    - le Japon avait commencé un process de négociation de traité de paix avec la Russie 3 semaines avant Hiroshima, que les Russes ont refusés à la dernière minute
    - la bombe a été utilisée pour faire peur au russe
    - les japonais n’ont pas arrêtés la guerre, selon une théorie soulevé par des historiens, à cause de la bombe atomique (la deuxième a été lancée le 9 Août 1945 et la capitulation faite le 15 Août, pourquoi un tel délai?) mais plutôt à cause de l’entrée en guerre contre le Japon de la Russie, qui officiellement n’était pas encore en guerre avec le Japon. Comme par hasard le lendemain le Japon capitule.
    - Des historiens ont aussi démontrés que même si la bombe a tué beaucoup de personnes en quelques minutes, elle a effectuée beaucoup moins de ravages que les bombardements incessants et quotidiens des américains sur l’ensemble des villes japonaise. Et d’ailleurs beaucoup d’historiens s’accordent à dire que si les USA voulaient continuer à utiliser la bombe atomique au Japon, elle n’aurait eu plus aucun impact car la majorité du territoire, et notamment des villes, avait été réduis à néant. Donc chacune des utilisations suivantes auraient vues le nombres de victimes baisser drastiquement.
    - Hirsohima n’a pas eu de chance, ou plutôt Kyoto en a eu beaucoup. Parce que c’est Kyoto qui avait été sélectionnée comme étant la 1ère ville a bombardée. Mais le secrétaire américain à la défense avait déjà voyagé sur place et aimait beaucoup cette ville, donc il a demandé à ce qu’elle soit épargné. Quand on dit que le malheur des uns fait le bonheur des autres …

    Il y a tellement de choses comme cela qui ne nous sont malheureusement jamais enseignées et qui ne nous permettent pas d’avoir tous les éléments. D’où le fait que pour beaucoup la bombe était le seul moyen d’arrêter les japonais et je trouve que c’est une belle connerie…

    Sinon très bon article ;-)
    tunimaal @ voyage au Japon Articles récents…Les distributeurs automatiques au Japon : dans l’univers du « tout est possible »

    • Merci pour toutes ces précisions Tunimaal. Nous avions déjà lu la plupart d’entre elles lors de la préparation de l’article, on ne peut que valider ce que tu dis. En revanche, on n’a pas voulu verser dans le côté polémique de la chose, à notre sens bien trop périlleux. Comment juger une telle histoire, il faudrait en connaitre vraiment tous les tenants et les aboutissants. Nous avons préféré relater ce que nous avons ressenti lors de notre visite du lieu, car ça c’est du réel, et ça nous concerne: on peut donc en parler! Je ne sais pas si tu as eu l’occasion de voir l’endroit pour de vrai, c’est clairement inoubliable. Lire, apprendre et se documenter sur la chose ne peut finalement qu’être un complément de l’horreur que l’on découvre véritablement une fois sur place, où tout prend son sens…

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