On a dormi sur un volcan
Le trek du Rinjiani … Volcan haut de 3726 m.
Le trek est prévu en 3 jours en 2 nuits et doit nous emmener jusqu’au sommet. Nous partons à 5h de Sengiggi. Dans le taxi nous rencontrons Stefen et Connie, un couple d’allemands. Le reste du groupe est composé de canadiennes à l’accent rigolo, et de français à la voix trainante, du genre Vincent Delerm, ou j’ai-tout-vu-tout-connu. On conclura rapidement une entente franco-allemande.
Nous avons 2 guides et des porteurs. Des petits hommes en short et en tongs qui soulèveront pourtant chacun 30 à 40 kilos pendant les 30 km du parcours.
Stefen et Connie eux, ont booké un trek de 2 jours et 1 nuit. Nous grimperons ensemble le premier jour, puis ensuite les groupes se sépareront. La première journée, c’est 9 km de marche, et 2000 m de dénivelé. La montée se fait dans la jungle, à travers les racines des immenses arbres tropicaux.
La pente est impressionnante, les jambes accusent rapidement le coup. Et puis les canadiennes et les français se lancent dans un genre de compét, « moi je peux même le faire à cloche pied » et montent à toute vitesse.
Assez vite je suis découragée. Je n’ai plus leur âge, et je ne suis pas sportive. Et le dépassement de soi, c’est pas bien mon truc. Julien caracole sans faillir. Devant un nouveau mur de racines, je chouine, je veux faire demi tour ! Puis finalement je continue, je ne peux pas priver Julien du sommet.
Il y a des arrêts fréquents, tous les 1,5 km environ. L’occasion de souffler, mais aussi d’observer un peu mieux ce qui nous entoure.
Un arrêt un peu plus long pour manger à midi. Les porteurs se muent alors en fabuleux cuisiniers.
On mange bien, tellement bien que repartir est difficile. Les derniers kilomètres sont plus qu’éreintants. On mets un pied devant l’autre, machinalement, sans plus écouter ce corps qui a mal. Ma jambe tire, j’ai dû faire un mauvais mouvement. Je ne me suis pas équipée pour un tel exploit, je n’ai que des petites baskets ! Petit à petit on dépasse d’autres grimpeurs partis trop vite avant nous. Ils sont à bout. Finalement, on a gardé notre rythme, tous les deux, tranquillement, mais sûrement. A 17h, après 8h de marche, on arrive au « Rim », à la Caldeira.
La Caldeira, c’est ce qui résulte de l’explosion ou de l’implosion de la chambre magmatique. Dans le cas du Rinjiani, c’est suite à l’explosion. Le Rinjiani est le deuxième volcan le plus élevé d’Indonésie. Il est toujours en activité, sa dernière éruption date de début 2010. A l’intérieur de sa caldeira se trouve un lac, d’une profondeur d’environ 300m, ainsi qu’un cône volcanique, le Barujari.
L’arrivée est magnifique. Parce que le paysage est sublime, et parce qu’on est allés au bout. Pour moi, c’est une victoire, parce que je ne pensais pas y arriver. Julien est heureux aussi, même s’il a moins souffert que moi.
Le campement s’installe petit à petit, et les porteurs préparent le repas. L’ambiance est du genre camp d’ado. On se met un peu à l’écart. Pas tant qu’on soit sauvages, mais bon … peut être que si, après tout !
On discute avec les guides. On apprend qu’ils sont tous de Senaru, le village du départ du Trek. Les porteurs, les guides sont tous ou presque de la même famille. A Senaru, il n’y a rien d’autre à faire que de grimper le Rinjiani jusqu’à deux fois par semaine pour accompagner les touristes. On espère que l’agence qui a booké notre tour paie correctement ces gens. On espère, oui. Tout le long, on les regardera comme des surhommes. C’est pas possible, de grimper si vite, si chargés, en tongs …en sifflotant et en gardant le sourire, tout le temps. Ces gars nous ont aidés à faire de cette épreuve physique un moment unique, magique, et léger, joyeux. Là haut, il n’y avait pas que le cratère du Rinjiani qui était beau.
Après une nuit froide mais sublimement silencieuse, on redescendra. Nous rejoindrons finalement le groupe de Stefen et Connie. On n’ira pas au sommet. Cela nécessitait encore deux journées de marche intense dont je ne me sens vraiment plus capable, et Julien n’insiste pas non plus. Je crois qu’on est contents tous les deux. On aura fait plus de 18 km, on sera montés à 2650m. C’est déjà bien, pour des trentenaires pas sportifs !
Le Trek du Rinjiani restera un très beau souvenir. C’est peut être sportivement la chose la plus difficile que nous ayons fait. Mais c’était magique.
Magique !



















